Léopoldine Roux ou la peinture en liberté

By leopoldineroux,

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Du concept Minimal, forgé autour de la notion du « Less is more », Léopoldine Roux retient avant tout « le respect de la qualité physique et concrète du matériau et le plaisir de le travailler”. Elle compose presque exclusivement avec « la tache », une forme simplifiée à l’extrême, une structure élémentaire qui revient tel un leitmotiv et qu’elle décline sur tous les supports, de la toile au papier en passant par l’installation monumentale en contexte urbain, emplois multiples où elle « persiste à créer des situations, des gestes qui mettent en scène la couleur et l’idée de la tache au sens de signe, de trace non effaçable”.

Envisagée comme une image de l’absolu, la tache fait corps avec les couleurs qui viennent l’animer et la faire vibrer dans une orchestration esthétique fascinante. Souvent appliquées en aplat, les couleurs pures s’imposent dans chaque œuvre, provoquant l’œil et fonctionnant tel un intense appel lumineux tout en renforçant le pouvoir de séduction de la peinture. De la sorte, même si nous pouvons sans conteste qualifier le travail de Léopoldine Roux de post-minimaliste, il se dégage pourtant de l’austérité propre au mouvement d’origine des années 1960, notamment par l’application de teintes éminemment sensorielles, édulcorées et brillantes.

Ses couleurs fétiches – le rose « barbe à papa », le vert guimauve ou encore le jaune citron – s’assimilent métaphoriquement à un débordement d’expressivité dans une grande manifestation de joie de vivre. Elles exercent un pouvoir de séduction très fort, une mise en perspective des sentiments nostalgiques liés à l’enfance, une invitation onirique et une exaltation du désir d’enchantement de l’expérience artistique. D’ailleurs Léopoldine Roux ne va-t-elle pas jusqu’à désigner Alice aux pays des merveilles de Lewis Caroll comme une de ses principales sources d’inspiration ? L’immatérialité du bleu d’Yves Klein, la résonance lumineuse du noir de Pierre Soulages ou encore la duplication des teintes de Claude Rutault forment autant d’antécédents qui enrichissent également ses recherches et lui permettent d’explorer le potentiel symbolique de la palette chromatique. En effet, malgré leur appartenance à des tendances artistiques plurielles allant de la fin du XIXème siècle à nos jours, les plasticiens qui ont servi de modèle à Léopoldine Roux ont tous en commun l’utilisation expressive des couleurs. ….

…. Sortie de son atelier, elle se définit elle-même comme un peintre urbain dont les interventions s’accompagnent encore et toujours d’une réflexion sur les limites de son médium : « Passer de la toile au trottoir c’est pratique et vital. C’est une quasi nécessité de s’exprimer hors les murs, de s’émanciper de la tutelle du tableau ». Dans l’espace muséal, ses tableaux, présentés au sol et accrochées aux murs, témoignent de l’incroyable capacité picturale et sculpturale de son travail. Ses créations urbaines montrent quant à elles que son art s’adapte à toute circonstance de présentation, aussi variées et insolites soient-elles. Les coulées en mousse polyuréthane, souvent réalisées in situ, cristallisent le formidable potentiel de développement de cette pratique quels que soient les questions d’échelles, les dimensions architecturales ou tout autre paramètre spécial. 

De la sorte, Léopoldine Roux installe ses créations expansées avec autant d’audace au sommet du Beffroi de la ville de Turin qu’à la corniche du Musée Félicien Rops à Namur. Ses coulées, plus que jamais puissantes du point de vue chromatique, métamorphosent par leur seule présence les lieux qu’elles habitent en imposant une incomparable et incontournable ambiance festive.

 

Anne Lise Quesnel _ catalogue Put On a Happy Face _ Edition Lucien Schweitzer 2010

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